Agé de six ans, Barack Obama suit sa mère, qui s'est remariée avec un indonésien cadre supérieur dans le pétrole, L. Soetoro. Il passe à Djakarta (Indonésie) quatre années de son enfance, de 1967 à 1971, effectuant deux ans de scolarité dans une école musulmane puis deux autres dans un établissement catholique. Soucieuse de lui donner une bonne éducation, sa mère l'envoie ensuite chez ses grands-parents maternels à Honolulu afin qu'il soit scolarisé au collège de Punahou, un établissement privé plutôt réservé aux enfants de l'élite blanche. Sa mère, de nouveau divorcée, et sa demi-soeur indonésienne (Maya Soetoro-Ng, née en 1970), le rejoignent bientôt à Hawaï. Il est bon élève, en outre passionné et excellent joueur de basket, mais c'est aussi l'époque des états d'âme solitaires et des crises identitaires adolescentes. "J'ai appris à passer de mon monde noir à mon monde blanc", écrira-t-il plus tard, "Conscient que chacun d'eux possédait son langage, ses coutumes et ses signes, convaincu qu'il suffisait d'un effort de traduction de ma part pour qu'ils se rejoignent". La famille vit modestement, en partie grâce aux bons des services d'aide sociale, et Barack Obama bénéficie d'une bourse pour suivre ses études jusqu'à l'obtention du diplôme d'entrée aux classes préparatoires.
À la sortie du lycée en 1979, Barack Obama suit deux années d'études à l'Occidental College de Los Angeles (Californie) avant d'intégrer en 1981 la Columbia University de New York d'où il sort deux ans plus tard avec une licence en Sciences Politiques et en Relations internationales. Il déménage à Chicago où il a décroché un emploi d'analyste d'affaires dans un grand cabinet financier. Mais il abandonne bientôt ce début de carrière prometteur et lucratif pour travailler comme animateur social, payé 800 dollars par mois par une église chrétienne progressiste des quartiers défavorisés. Il travaille alors auprès du pasteur noir Jeremiah Wright, qui deviendra son ami, et se convertit au Christianisme. Il s'engage activement dans un combat contre les inégalités et les discriminations raciales et lutte pour les droits de ses concitoyens noirs.
En 1988, Barack Obama reprend ses études. Il entre à la Harvard University pour trois années d'études de Droit couronnées par un diplôme de Juris doctor (doctorat) avec mention magna cum laude. Il retourne ensuite à Chicago où, de 1991 à 2005, il travaille comme juriste co-gérant du cabinet d'avocats spécialisé dans les droits civiques "Davis, mineur, Barnhill et Galland". Il occupe aussi parallèlement diverses autres fonctions, comme entre autres celles d'éditeur en chef de la prestigieuse Harvard Law Review et de Conférencier en droit constitutionnel à l'Université de Chicago.
En 1992, Barack Obama épouse la juriste Michelle Robinson qu'il a rencontré en 1989 lors d'un stage d'études. Elle lui donnera deux filles: Malia Ann, née en 1999, et Natasha, née en 2001. Michelle Robinson-Obama, issue d'une famille ouvrière noire du South Side de Chicago, diplômée de Princeton et de Harvard, est une brillante avocate chargée notamment des relations extérieures et communautaires de l'hopital universitaire de Chicago. Figure du parti démocrate local, elle a beaucoup aidé son mari à conquérir les réseaux politiques du maire de Chicago, Richard M. Daley, dont elle est proche, et contribue aujourd'hui activement à sa campagne électorale.
Les années '90 marquent l'intérêt de Barack Obama pour la politique. Proche de la nouvelle gauche libérale progressiste, voire radicale, Barack Obama milite en 1992 pour l'élection de Bill Clinton, d'abord dans les primaires démocrates, ensuite dans la campagne du candidat opposé à George H. W. Bush pour la présidence des Etats-Unis. Il s'engage également la même année dans la campagne pour l'élection au Sénat de l'Illinois de Carol Moseley-Braun. Inspiré par les luttes de Gandhi, Martin Luther King et Nelson Mandela, il défend activement les causes des noirs, des pauvres, des gays, des étudiants, de l'environnement, et plus généralement opposé à l'ordre moral des néoconservateurs, s'engage dans tous les combats "gauchistes": luttes contre la peine de mort, contre le Sida, pour l'avortement, pour la justice sociale, etc...
En 1995, il publie un remarquable essai autobiographique intitulé Dreams from My Fathers (Les Rêves de mes pères) où il raconte son parcours à la fois d'enfant en quête d'un père et de métis vu comme un noir par l'Amérique blanche.
Barack Obama débute véritablement sa carrière politique en 1996, lorsqu'il est élu dans la 13e circonscription de Chicago (quartiers pauvres du South Side et de Hyde Park) au Sénat de l'Illinois. Il y est nommé président du comité de santé publique et lutte activement pour étendre la couverture maladie aux populations les plus défavorisées de l'Etat. En 2000, il se porte candidat pour l'élection à la Chambre des représentants mais perd contre l'ancien black panther Bobby Rush. En 2003, il est l'un des rares élus américains à participer à des manifestations pacifistes et à prendre clairement position contre la guerre en Irak. En juillet 2004, son charisme, son éloquence et son discours très remarqué en faveur d'une autre Amérique que celle de George W. Bush, font de lui la vedette de la convention démocrate réunie pour désigner John Kerry candidat à l'élection présidentielle. Le 2 novembre de la même année, il est élu Sénateur démocrate de l'Illinois au Congrès des États-Unis, avec 70% des voix contre 27% à son adversaire républicain, Alan Keyes. Seul afro-américain à siéger au Sénat, et troisième de toute l'histoire des Etats-Unis depuis 1865, il prend officiellement ses fonctions de sénateur le 5 janvier 2005.
Une grande maison d'édition lui offre 1,9 million de dollars pour écrire trois livres sur son parcours et ses convictions politiques. Le premier volume, The Audacity of Hope, Thoughts on Reclaiming the American Dream (L'audace d'espérer, Une nouvelle conception de la politique américaine), est sorti en octobre 2006 et caracole depuis au top des ventes en librairie.
Le 10 février 2007, Barack Obama se déclare officiellement candidat à l'investiture démocrate pour l'élection présidentielle américaine de 2008, malgré la forte concurrence d'Hillary Clinton. Depuis, il ne cesse de monter dans les sondages, de rallier des soutiens de poids et de récolter des montants records de dons pour financer sa campagne électorale. Il parvient à s'imposer dans les primaires après une lutte acharnée d'Hillary Clinton et obtient le seuil requis des 2118 délégués nécessaires pour être investi. Hillary Clinton jette finalement l'éponge et se rallie à sa candidature au début du mois de juin 2008, cédant à Barack Obama le privilège d'être investi candidat officiel du parti lors de la Convention démocrate qui doit se tenir à Denver (Colorado) le 25 août prochain. Il obtient dès lors le soutien de nombreuses personnalités, de Al Gore à Bill Clinton en passant par John Kerry, John Edwards, la famille Kennedy, Warren Buffett, George Soros, George Clooney, Michael Moore, Matt Damon, Will Smith, Ben Affleck, Robert De Niro, Halle Berry, Sophia Bush, Scarlett Johansson, Toni Morrison, Oprah Winfrey, Will.i.am, etc. Plusieurs grands quotidiens nationaux et régionaux déclarent également s'engager à ses côtés.
Dans la course à la Maison Blanche, Barack Obama affronte le sénateur néo-conservateur John McCain, désigné lui au mois de mars dernier par le parti Républicain. Ses adversaires politiques, jouant sur le racisme et l'islamophobie latente d'une partie des américains, ainsi que sur la peur du terrorisme, ne manquent pas de rappeler son deuxième prénom, Hussein, et font rimer Obama avec Oussama. Mais pour beaucoup d'américains désabusés par huit années de cynisme politique, il incarne l'espoir et la renaissance du rêve américain de société égalitaire et multi-raciale. Son programme semble séduire de larges pans de l'électorat: femmes, jeunes, personnes âgées, et pas seulement afro-américains, son talent consistant à dépasser l'enjeu racial sans toutefois renier ses origines. Le magazine Time vient déjà de le classer 3e sur la liste des cent personnes les plus influentes au monde. S'il parvient à dépasser effectivement le clivage noir/blanc, Barack Obama, 47 ans, a de sérieuses chances de devenir le 04 novembre 2008 le 56e -- et premier président noir -- des Etats-Unis.


